Lycée Charlemagne

Pierre GALLET, Officier dans l'ordre des Palmes Académiques

Hommage de M. le Proviseur du lycée Charlemagne, Alberto MUÑOZ

J'ai l'honneur et le plaisir de remettre les insignes d’Officier dans l’ordre des Palmes Académiques à notre ami Pierre Gallet, un de nos plus anciens et nos plus fidèles Carolingiens.
Historien de l’établissement, chercheur invétéré, infatigable voyageur, toujours attentif à l’autre, Pierre Gallet est entré en 6ème au lycée Charlemagne en 1928, grâce à une bourse obtenue pour ses mérites à l’école communale. Il y fait toute sa scolarité jusqu’au baccalauréat série philosophie qu’il obtient en 1935 avec la mention assez bien, navré d’avoir été recalé la même année au bac math. élem à cause d’un zéro éliminatoire à l’épreuve de mathématiques. Il faut dire que l’on n’hésitait pas alors à l’oral, à vous glisser une de ces questions vicieuses dont seuls les « profs de maths » ont le secret, sur la section hyperbolique du cône de révolution, qui l’avait laissé pantois. Ce précoce avant la lettre, raflant dès la sixième les prix d’anglais, de version latine et de mathématiques, s’est illustré dans notre vénérable maison non seulement par ses succès scolaires mais aussi par ses facéties sympathiques qui amusaient tant ses camarades. Si j’en crois les récits de divers souvenirs qu’il rapporte avec délectation dans plusieurs numéros du Carolingien, la revue de l’amicale des anciens élèves du lycée, association qu’il a rejoint dès 1945, il a bien dû participer à un des jeux très en vogue à Charlemagne à son époque qui consistait à mettre un réveille-matin dans le poêle (heureusement éteint à la belle saison) pour le faire sonner en plein cours et provoquer la fureur du professeur. Il n’est pas le dernier non plus, en 3ème, dans la classe de français de Maximilien Fuchs, dont la longue barbe blanche paraît-il rappelait celle de notre grand empereur éponyme, à collectionner les zéros que ce dernier infligeait à la cadence infernale de deux par minute. Ce professeur émérite aurait dû sans doute figurer dans le livre mondial des records pour avoir réussi à mettre jusqu’à 3500 zéros à l’heure. On peut rapporter aussi la participation de l’élève Pierre Gallet à des championnats de France de gymnastique junior à Angoulême, où son équipe porta haut les couleurs carolingiennes, jusqu’ à la deuxième place. Après une courte carrière de professeur au lycée Rollin, devenu maintenant Jacques Decour, il est mobilisé comme Elève Officier de Réserve. Aspirant au régiment du train, il participera à la Campagne de France et sera cité à l’ordre de sa division, recevant la Croix de Guerre avec étoile d’argent en juillet 1940. Il fera ensuite toute sa carrière à la SNCF.
C’est à la retraite que Pierre Gallet, entre deux voyages d’exploration de contrées lointaines, renoue avec sa passion pour l’histoire, chance incroyable pour le lycée Charlemagne, car c’est un véritable travail de fourmi auquel il se livre, passant au crible les fiches de plus de 22 000 élèves ayant quitté le lycée de 1906 à 1968 pour dresser la liste exhaustive des anciens Carolingiens morts pour la France au cours des guerre de 1939-1945, d’Indochine et d’Algérie. Mais nul doute que ces recherches ont ébranlé, l’humaniste Pierre Gallet, retrouvant trop de noms de ses propres camarades de classe. Pour continuer ce travail de mémoire, il va reprendre une tradition de l’amicale des anciens élèves et pendant plusieurs décennies, va dresser l’annuaire des élèves par année de sortie, remplissant ses petits carnets noirs de listes et de notes qui, désormais numérisées, nous sont fort utiles pour établir les certificats de scolarité, une grande partie de nos archives ayant été perdues à la suite d'inondations.
En 2005, lorsqu’il apprend, qu’une plaque va être apposée à la mémoire des élèves juifs morts en déportation, il n’hésite pas à m’écrire pour me signaler que fort malheureusement la liste établie par le comité Joseph Migneret est loin d’être complète. Après vérification, ce sont bien neuf noms supplémentaires qui doivent être ajoutés. Ainsi, le 21 mai 2005, dix-neuf élèves d’aujourd’hui purent évoquer les ombres des élèves d’une des périodes les plus sombres de l’histoire de notre lycée grâce à sa vigilance.
L’ensemble de la communauté éducative du lycée Charlemagne, très touchée par cette commémoration, se devait de remercier Pierre Gallet ; c’est aujourd’hui chose faite.

Paris, le 2 février 2008
Alberto MUÑOZ, proviseur du lycée Charlemagne.

Réponse de M. Pierre GALLET
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